saints populaires

ADJURATION A SAINT YVES AU XIIè siècle

« Nous mettons presque entre les Sorciers ceux qui d'une hayne enfiellée, bien loin d'aymer leurs ennemis,... vont abuser des pèlerinages, et prier Saint Yves ou quelque autre sainct, de venger leurs propres passions, et faire périr de mâle mort ceux contre lesquels ils sont indignez... »

(Statuts de Saint-Malo. Edition de 1620. Page 486 et suiv.).

Information publiée par l'abbé DUINE, sous le pseudonyme "H. DE KERBEUZEC", dans la Revue des Traditions populaires, t. 27-1912, p. 139





Passion hagiographique

Dans 3 notes restées manuscrites, François DUINE a précisé ses motivations en ce sens.
"Ces légendes orales, si bizarres ou si grotesques qu’elles soient, valent bien les légendes écrites, et sont des monuments de la psychologie hagiographique.
Toute la question est d’avoir des recueils bien faits, par des esprits assez affinés pour sentir le prix de la littérature la plus simple, et assez informés pour savoir qui interroger et où observer.
- Ces légendes orales peuvent contenir un dernier fil de mythologie
- Les procédés hagiographiques n’ont pas tout pris du folklore. Ils sont moins riches, moins merveilleux, moins poétiques que les textes populaires. Ils ont fait un choix.
- Même fond de croyances populaires et même imagination, avec plus d’érotisme chez les païens, et plus de diableries chez nos chrétiens – mais Pausanias n’aurait pas été "dépaysé" chez nos bretons du moyen-âge.
- Dans l’hagiographie irlandaise, plus d’amour et plus de poésie, et plus de choses extraordinaires ; dans l’hagiographie armoricaine plus d’orthodoxie et plus de banalité. L’hagiographie galloise tiendrait le milieu entre l’armoricaine et l’irlandaise."

Fiches N° 732, 626, et 222, consultables au "fonds DUINE" de la Bibliothèque Universitaire de Rennes





HISTOIRE DE SAINT MELAINE ET D'UN ANGLAIS

Voici un épisode qui m'a été raconté au sujet de ce bienheureux, par Françoise Cognault, vieille demoiselle de Guipel.

"Les Anglais voulaient prendre Rennes. Ils avaient creusé un souterrain qui aboutissait à l'église de Saint-Melaine. Le saint qui protégeait la ville fut très mécontent du procédé, et sa statue indiqua du doigt le point où se terminait la mine. Les Rennais choisirent alors un bœuf énorme, lui mirent dans les oreilles du vif-argent, lui attachèrent entre les cornes deux faucilles avec lesquelles on fauche le foin, puis le lâchèrent dans le passage creusé sous terre. Le vif-argent mettait l'animal en furie. Il se lança en avant, tuant, piétinant, décapitant tous les ennemis qu'il rencontrait.
Un seul réussit à filer entre ses pattes, et pénétra dans l'église. A cause de cela, on ne voulut pas le mettre à mort, mais on le garda prisonnier. C'est cet Anglais qui fit la grosse cloche de Saint-Pierre de Rennes. La cloche faite, personne ne put la monter. Et l'Anglais riait beaucoup. Un jour, il criait en riant : "Eh bien est-elle montée,?"
Des enfants répondirent par plaisanterie : "Oui ! oui !"
— Ah ! reprit l'Anglais, c'est donc qu'on s'est servi de cordes en soie."
Aussitôt on composa des cordes en fil de soie, et la grosse cloche fut installée."

François DUINE, in "R.T.P. - Revue des Traditions Populaires", tome 19 - 1904, page 150





L'ADJURATION A SAINT YVES

"En faisant une exploration archéologique dans le pays de Tréguier j'ai rencontré une ancienne femme qui a bien voulu me dire qu'autrefois elle avait fait un pèlerinage à Saint Yves de Vérité, pour prier le saint de reporter sur son ennemi la quantité exacte de mal que cet ennemi lui avait, fait. Elle fit trois fois le tour de la chapelle, et trempa trois petits pains dans le bénitier. (Il m'a été impossible d'obtenir plus de détails.) Le clergé ne pouvant arriver à détruire cette superstition de vengeance, a fait raser totalement la chapelle.

Information publiée par François DUINE, sous le pseudonyme "FRA DEUNI", dans la Revue des Traditions populaires, t. 26-1911, p. 293





25 juillet : Saint-Jacques de MONTEBOURG, l'égal de Dieu !

Chaque église tient naturellement à être illustre entre toutes. Les moindres paroisses attribuent à leurs patrons une puissance extraordinaire. A Montebourg (Manche), saint-Jacques, titulaire de la paroisse était à l'origine l'égal de Dieu, si bien que les habitants furent, appelés à fixer par leur vote quel serait le souverain du paradis. Saint-Jacques perdit cette place manque d'une voix, mais les Montebourgeois l'établirent leur patron, ce qui n'était guère moins..

article signé Fra Deuni, in "R.T.P.-Revue des Traditions Populaires", t.9-1894, pages 618...





25 juillet : Saint Christophe pour avoir de l'ouvrage

En 1619 les portefaix de Saint-Malo s'organisèrent en confrérie sous le patronage de saint Christophe (25 juillet). François Duine a signalé qu'il y eut une statue de ce saint à la grande porte de la ville (R.T.P. Revue des Traditions Populaires, t. 26-1911, p. 409). La Révolution ayant effacé, parmi d'autres, cette « marque du fanatisme » en brisant la statue, elle fut remplacée au début du 20ème siècle.

Ils l'invoquaient pour avoir de l'ouvrage. Rien n'interdit aux actuels dockers, porteurs, débardeurs et autres ouvriers du port d'essayer de ré-activer cette pratique, qui pourrait s'avérer bien appéciable par ces temps de crise...





Saint Samson et la fièvre

Dans la paroisse de Goven (canton de Guichen, arrondissement de Redon), le village de Saint-Samson, avec sa montagne, se trouve dans un site pittoresque, sur la vallée de la Vilaine. On y voit un joli calvaire, qui porte l'effigie et le nom du bienheureux. Ce monument [Les cartes postales illustrées appellent à tort ce monument : Tombeau de saint Samson et le placent par erreur en Pont-Réan.] a été construit les années dernières sur remplacement d'une chapelle, dédiée au vieil évêque de Dol. Bien que tombée en ruines, elle était encore vénérée des vieilles gens, qui venaient prier pour la guérison des fièvres. Une bonne femme m'a conté que de mauvais plaisants prenaient parfois la statue du saint pour la faire rouler et descendre la colline. Mais ils étaient punis. Et ceci, m'a-t-elle dit, est arrivé deux fois « à ma connaissance ». La première fois, le coupable était un villageois qui en attrapa des fièvres, dont il ne put jamais guérir ; la seconde fois, le coupable était un soldat, qui fut châtié de la même manière.

source : François DUINE, Revue des Traditions Populaires - RTP, t. 20-1905, p. 393