"Les contes les plus écoutés sont ceux de Cendrillon, de
Peau d’Ane, du Petit-Poucet, et surtout Barbe-Bleue ; Ils diffèrent
fort peu du récit donné par le bon PERRAULT ;
Signalons aussi Moitié de coq […].
Il ne faut pas oublier non plus les bons tours que l’archange saint Michel
joue à Lucifer. Aux yeux de nos paysans, le vainqueur est le représentant
intarissable de la verve gauloise.[…]
Il est à noter que les récits les plus anciens contiennent les
traits principaux sous une sorte de forme rimée. W. JOYCE fait la même
remarque pour les traditions populaires d’Irlande (Sur son ex-libris,
François DUINE a précisé : Joyce’s Old celtic Romances.
Préface).
Ajoutons enfin que plusieurs contes sont assez gaulois, ce qui n’empêche
pas les plus honnêtes fermiers de les dire joyeusement devant toute la
maison réunie. Et honni soit qui mal y pense !"
Article de François DUINE paru dans les "Annales de Bretagne", 1898-99
"Les chants populaires que nous publions sont, presque tous, assez incomplets.
Nous nous contentons de donner, avec une scrupuleuse exactitude, ce que nous
avons entendu […] *. Nous avons négligé de prendre note
de certains chants, d’origine récente, et d’une banalité excessive
(Sur la guerre de Crimée, sur Napoléon III, …etc…).
Il était inutile également de donner copie de quelques autres,
populaires dans notre pays, mais également répandus dans beaucoup
de régions (par exemple, la fameuse chanson Sur le pont du Nord). […]
Le thème de nos chants ressemble parfois à certains romans échevelés
; la versification est encore plus libre qu’au Moyen-Age ; la phrase
musicale est très simple, peu variée, assez élastique
pour s’adapter à des mètres divers; la langue est un mélange
de prononciation parfaitement patoise, et de prononciation française
recherchée. […]"
* Une note manuscrite sur son ex-libris précise encore à ce
sujet : "Je suis loin d’avoir recueilli toutes les chansons du pays de
Dol . Tout d’abord j’ai rédigé les chansons des clercs
de notaires, notamment la facétie dont le refrain est celui-ci : "Dol
grandira par le port du Vivier !" Quelques chansons en patois -que j’ai
entendu chanter par l’abbé FORGET- m’ont échappé."
François DUINE, in "Annales de Bretagne" 1897-98
Conte type international Aa&Th N° 0715, paru dans la "Revue illustrée des Provinces de l'Ouest", en novembre 1898, pages 338-339.
Il y avait une fois des bonnes gens qui possédaient un coq. Ils le
partagèrent en deux parties, mangèrent la première moitié et
réservèrent l'autre pour le lendemain. Mais l'autre moitié s'échappa
très loin et alla chercher sa vie dans les champs.
Un jour, Moitié de coq picotant pour trouver sa nourriture déterra
une petite bourse pleine d'argent.
Il s'enfuyait tout joyeux, quand un curé l'aperçut :
- Moitié, où as-tu pris cet objet ?
- En cherchant du grain.
- Donne-moi cela tout de suite.
- Non, c'est mon bien.
Le curé lui arracha la bourse Moitié gloussait :
- Mon argent, mon argent ...
- Tu ne l'auras jamais...
Alors le volé s'achemina vers le presbytère. En route il rencontra
une abeille qui lui dit :
- Moitié, où vas-tu ?
- Je vais chercher ma boursée.
- Veux-tu que j'aille avec toi ?
- Non, car tu ne serais pas capable de me suivre.
- Ma foi, si !
- Viens donc. Aussitôt que tu seras lassée, tu monteras sur mon
dos.
C'est ainsi que l'abeille et le coq firent voyage ensemble. Ils rencontrèrent
un renard qui leur dit :
- Moitié, où vas-tu ?
- Je vais chercher ma boursée.
- Veux-tu que j'aille avec toi ?
- Non, car tu ne serais pas capable de me suivre.
- Ma foi, si !
- Viens donc. Aussitôt que tu seras lassé, tu monteras sur mon
dos.
C'est ainsi que l'abeille, le renard et le coq firent voyage ensemble. Ils
rencontrèrent une rivière qui leur dit :
- Moitié, où vas-tu ?
- Je vais chercher ma boursée.
- Veux-tu que j'aille avec toi ?
- Non, car tu ne serais pas capable de me suivre.
- Ma foi, si !
- Viens donc. Aussitôt que tu seras lassée, tu monteras sur mon dos.
C'est ainsi que l'abeille, le renard, la rivière et le coq arrivèrent
ensemble au presbytère.
Moitié sonna poliment à la porte. La servante vint ouvrir.
- Nous désirons parler à Monsieur le Curé.
- Seigneurs, passez dans la belle salle.
Le curé se présenta.
- Moitié, que veux-tu ?
- Je demande ma boursée.
- Déloge immédiatement avec tes amis.
- Oui, quand j'aurai mon bien.
Le curé appela le cuisinier et lui ordonna de mettre ce babillard importun
parmi les poules.
Alors moitié dit au renard : "Manges les poules". Et elles
furent mangées.
Le curé répliqua : "Jetez le coq au feu".
Mais Moitié reprit : "Rivière, éteins le feu".
Et il fut éteint.
Le curé vaincu s'adressant à la servante : "Rends la bourse".
- C'est bon, remercia Moitié. Et maintenant, abeille, pique ce brave
homme comme souvenir de sa méchanceté.
Et le curé fut piqué.
Cinq ans plus tard, jour pour jour, Moitié de coq mourut en cessant
de vivre.
Ce conte est le premier d'une série "Légendes de la Côte Bretonne", comprenant une séquence "à Dol",
que François DUINE introduit ainsi : Les traditions doloises comprennent
quatre thèmes : celui de la campagne, celui de la pierre, celui de la
mort, celui de la mer. Le premier est peut-être le moins connu. Je n'ai
fait que l'esquisser dans la Revue des Traditions Populaires [N° de juillet
1893]. Je puis aujourd'hui ajouter les historiettes suivantes.
Suivent ainsi : Moitié, Aliette, et Bénédicité.
L'ensemble est signé "Abbé DUINE".